Les crues de l'Ardèche

 Les crues de l’Ardèche vue par les Bateliers. Alain CHAMPETIER

Pour nous, BATELIER, la crue ne présente aucun danger. 

Notre seul souci étant de mettre les Barques à l’abri.
Elle peut nous faire perdre une journée ou deux de travail, car pendant la crue, on ne navigue pas.
Et si jamais la crue venait une fois parti, nous avons largement le temps de sortir des Gorges ; soit d’évacuer par Gaud ou Gournier.                                          

Pour nous la crue est attendue, nous sommes impatient voir excité quand approche le 22 septembre.
Nous guettons le moindre souffle du Sud qui va nous amener ses gros nuages gorgés d’eau.

Pour nous la crue est bienfaitrice, elle lave la rivière de ses pollutions estivales ; déchets de pique-nique et plus : algues, vase du au soleil et manque d’eau.
Elle décape les galets, qu’elle range, ordonne, calibre.
A la décrue, on découvre les plages de sable immaculé tel un manteau de neige fraîche.

Alors bien sur après avoir rangé nos Barques, la seule préoccupation :

Va-t-elle passer sur le PONT de SAMPZON ?

Lieu de rencontre de toute la population du village ; sur l’autre berge s’agglutine des gens venus de Ruoms, Vallon.
Tout en essayant d’attraper une friture au carrelet, on évalue sa progression. Pour savoir qui donne le plus, un petit tour au Rocher de Sampzon ; d’où nous voyons le Chassezac, la Beaume et l’Ardèche.

Deux éléments nous permettent d’anticiper son éventuelle hauteur :

plus elle monte vite, plus elle peut aller haut, si elle doit submerger le Pont de Sampzon ; il faut qu’elle le fasse en 3 ou 4 Heures maximum.

si elle « charrie » beaucoup, elle transporte des tonnes de bois, arbres entiers, des embâcles, pouvant former de véritables îles flottantes des « OFNI ».

la couleur de l’eau varie, de petites crues de fin de saison ou du printemps seraient les plus sales ; je ne peux pas définir une règle.
L’odeur est particulière ; difficile à définir.
Le bruit de la rivière en cure s’entend de loin, un grondement sourd et permanent.
Le bruit des arbres cassés, arrachés.
Des tas d’embâcles, les « bourdinchés » accumulés par de petites crues et qu’une grosse crue vient emporter dans un fracas de bois qui craque.

Nous classons les crues en 4 catégories :

Hauteur par rapport au Pont de Salavas, où se trouve l’échelle ; référence des crues.les crues de 3-4 mètres : une pointecelles qui commencent à être intéressantes : 8 mètres.
la « bonne crue » : 11-12 mètres.
et puis l’exceptionnelle, tant attendue !
 

 

Il y a aussi les crues qui creusent le lit de la rivière, ou qui le remplissent de graviers, de galets, etc …
et inversement sur les berges.
Evidement, il peut y avoir des modifications irréversibles : mais l’action de l’homme est souvent en cause au préalable.
Un dicton : « si elle dépose du sable au bord, il faut vite le récupérer, car elle revient vite l’emporter ».

 

Après la crue nous partons en quête des changements ; ce n’est pas systématique.
Sur les rapides, il faut attendre un niveau relativement bas pour voir les modifications.
Sur les cours supérieurs, les changements peuvent être encore plus spectaculaires.

Les Bateliers n’ont pas attendu les échelles de niveau pour se donner les limites de navigation ; ils avaient la leur :

Le rocher de la « Louyre » ; tant qu’il sort nous pouvons descendre avec des clients.    (cela correspond au niveau de l’échelle : 1m30).
après plus haut, nous descendons entre nous, car nous connaissons quelques coups de filets intéressants.

Paroles de Bateliers.

Vent de la pluie : le Marin. ( vent du sud qui apporte la pluie).
Ciel chargé en gros nuages venant du Sud : ça s’amarine.
Elle est dibordable. (elle déborde, sort de son lit).
Elle bouffe. (elle fait du bruit).
Elle charrie. (elle transporte des branchages, troncs d’arbres, etc …).
Lié au niveau de la rivière : « la Pastière : accatée ou pas ». (Gros rocher au milieu de la rivière, recouvert d’eau quand l’Ardèche est haute).

Conclusion.

Malgré tous les plaisirs qu’une crue nous donne .
Nous sommes conscients des dangers de celle-ci en pleine saison estivale.
Des gros dégâts engendrés par une crue centenaire.
Sachant qu’à une époque des gens conscient des risques, on voulu quand même construire en pensant plus au profit qu’aux dangers.
Malgré un gros effort de l’administration pour la prévention ; on constate un décalage avec la réalité.
La dernière crue : aucunes informations, peut-être par ce que l’on est hors saison ?
Des gens qui habitent toute l’année en limite inondable.
Malgré toute la technologie, on ne peut connaître l’importance d’une crue et son heure d’arrivée.

 

 

 


@ Bateliers de l'Ardèche